Fiche de cours Logimaths | L1 Éco

Fiche de cours : Dérivation

Du taux d'accroissement à l'étude de fonctions : l'outil central de l'Analyse I

I. Taux d'accroissement et nombre dérivé


Taux d'accroissement Soit f une fonction et a \in D_f. Le taux d'accroissement de f en a est la fonction définie sur D_f \setminus \{a\} par : {x \mapsto \dfrac{f(x) - f(a)}{x - a}}.
Graphiquement, c'est la pente de la sécante passant par les points de la courbe d'abscisses a et x.
Nombre dérivé, fonction dérivée f est dérivable en a si son taux d'accroissement admet une limite finie en a. Cette limite est le nombre dérivé de f en a : f'(a) = \lim\limits_{x \to a} \dfrac{f(x) - f(a)}{x - a}.
Version équivalente, souvent plus pratique en calcul : f'(a) = \lim\limits_{h \to 0} \dfrac{f(a+h) - f(a)}{h}.
Si f est dérivable en tout point d'un intervalle ouvert I, la fonction {f' : x \mapsto f'(x)} est la fonction dérivée de f.
Exemple rédigé : f(x) = x² est dérivable en 3 Pour h \neq 0 : \begin{aligned}\dfrac{f(3+h) - f(3)}{h} &= \dfrac{9 + 6h + h^2 - 9}{h} \\ &= 6 + h\end{aligned}
Quand h \to 0, ce taux tend vers 6 (limite finie) : f est dérivable en 3 et f'(3) = 6.
👆 À toi : montre que f(x) = x² + x est dérivable en 2 et calcule f '(2). Vérifie
\begin{aligned}\dfrac{f(2+h) - f(2)}{h} &= \dfrac{(4 + 4h + h^2) + (2 + h) - 6}{h} \\ &= \dfrac{5h + h^2}{h} \\ &= 5 + h\end{aligned}
Quand h \to 0, le taux tend vers 5 : f est dérivable en 2 et f'(2) = 5.
Dérivable entraîne continue Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
La réciproque est fausse ! Une fonction peut être continue en un point sans y être dérivable.
⚠️ Le contre-exemple à connaître : la valeur absolue x \mapsto |x| est continue en 0, mais son taux d'accroissement en 0 vaut \dfrac{|x|}{x}, c'est-à-dire 1 si x > 0 et −1 si x < 0 : pas de limite en 0, donc pas de nombre dérivé. La courbe a un point anguleux en 0.
🎓 Démonstration (niveau L1) : dérivable entraîne continue
Pour x \neq a, on écrit : f(x) = f(a) + \dfrac{f(x) - f(a)}{x - a} \times (x - a).
Quand x \to a, le taux d'accroissement tend vers f'(a) (limite finie car f est dérivable en a) et (x - a) \to 0, donc le produit tend vers 0.
Ainsi \lim\limits_{x \to a} f(x) = f(a) : f est continue en a. ∎

II. Les dérivées usuelles


f(x)f '(x)dérivable sur
x^n (n entier \geq 1)n\,x^{n-1}\mathbb{R}
\dfrac{1}{x}-\dfrac{1}{x^2}\mathbb{R}^*
\sqrt{x}\dfrac{1}{2\sqrt{x}}]0\,;\,+\infty[
x^b (b réel)b\,x^{b-1}]0\,;\,+\infty[
e^xe^x\mathbb{R}
a^x (a > 0)\ln(a)\,a^x\mathbb{R}
\ln(x)\dfrac{1}{x}]0\,;\,+\infty[
⚠️ En fac d'éco, « log » veut dire ln Dans le cours d'Analyse I, log désigne le logarithme népérien, celui que le lycée note ln : même fonction, même dérivée \dfrac{1}{x}. Sur cette fiche, on garde la notation ln.
⚠️ Racine carrée : définie en 0, pas dérivable en 0 Les fonctions x \mapsto x^b avec b \in \,]0\,;\,1[ (comme \sqrt{x} = x^{1/2}) sont définies en 0 mais pas dérivables en 0 : le taux d'accroissement y tend vers +\infty (tangente verticale).
🎮 Entraîne-toi : dériver un polynôme
Dérive de tête, terme à terme, puis donne le coefficient demandé.

III. Opérations : somme, produit, quotient, composée


Les formules d'opérations
  • Somme : (u + v)' = u' + v' ; constante multiplicative : {(\lambda u)' = \lambda u'} ;
  • Produit : (uv)' = u'v + uv' ;
  • Inverse : \left(\dfrac{1}{v}\right)' = -\dfrac{v'}{v^2} ;
  • Quotient : \left(\dfrac{u}{v}\right)' = \dfrac{u'v - uv'}{v^2}.
⚠️ Le produit ne se dérive pas terme à terme (uv)' \neq u'v' ! Contre-exemple : \begin{aligned}(x \times x)' &= (x^2)' \\ &= 2x\end{aligned} alors que 1 \times 1 = 1. La bonne formule croise les rôles : u'v + uv'.
Dérivée d'une composée Pour f(x) = v(u(x)) (on applique u, puis v au résultat) : {f'(x) = v'(u(x)) \times u'(x)}.
Cas usuels, à connaître par cœur :
  • \left[(u(x))^{\alpha}\right]' = \alpha\,(u(x))^{\alpha - 1}\,u'(x) ;
  • \left[\ln(u(x))\right]' = \dfrac{u'(x)}{u(x)} ;
  • \left[e^{u(x)}\right]' = u'(x)\,e^{u(x)}.
En mots : on dérive la fonction extérieure en gardant l'intérieur intact, puis on multiplie par la dérivée de l'intérieur.
Deux exemples rédigés Produit : g(x) = x³ ln(x) sur ]0 ; +∞[u(x) = x^3, u'(x) = 3x^2, v(x) = \ln(x), v'(x) = \dfrac{1}{x} :
\begin{aligned}g'(x) &= 3x^2 \ln(x) + x^3 \times \dfrac{1}{x} \\ &= 3x^2 \ln(x) + x^2\end{aligned}Composée : k(x) = e^{-x^2+4x}Intérieur u(x) = -x^2 + 4x, {u'(x) = -2x + 4} :
k'(x) = (-2x + 4)\,e^{-x^2 + 4x}.
👆 À toi : dérive m(x) = \ln(x^2+1) puis n(x) = e^{4x-1}. Vérifie
m : forme \ln(u) avec u(x) = x^2 + 1, u'(x) = 2x : m'(x) = \dfrac{2x}{x^2 + 1}.
n : forme e^{u} avec u'(x) = 4 : {n'(x) = 4\,e^{4x - 1}}.
🎮 Entraîne-toi : produit et quotient
Pose u, v, u ', v ' de tête et retrouve la bonne forme de la dérivée.

IV. Une application futée : lever une indétermination


Reconnaître un taux d'accroissement Devant une limite de la forme \lim\limits_{x \to a} \dfrac{f(x) - f(a)}{x - a} (indéterminée « 0/0 »), on reconnaît le taux d'accroissement de f en a : si f est dérivable en a, la limite vaut f'(a).Exemple rédigé\lim\limits_{x \to 3} \dfrac{e^{2x} - e^{6}}{x - 3} : c'est le taux d'accroissement de f(x) = e^{2x} en 3, avec f(3) = e^6.
f est dérivable sur \mathbb{R} et f'(x) = 2e^{2x}, donc la limite vaut f'(3) = 2e^6.
Deux limites à connaître \lim\limits_{x \to 0} \dfrac{\ln(1 + x)}{x} = 1 et \lim\limits_{x \to 0} \dfrac{e^x - 1}{x} = 1.
Ce sont les taux d'accroissement en 0 de x \mapsto \ln(1 + x) (dérivée en 0 : \tfrac{1}{1 + 0} = 1) et de x \mapsto e^x (dérivée en 0 : e^0 = 1).
👆 À toi : calcule la limite en 0 de \dfrac{e^{3x}-1}{x}. Vérifie
On reconnaît le taux d'accroissement de f(x) = e^{3x} en 0 (car f(0) = 1).
f'(x) = 3e^{3x}, donc \begin{aligned}\lim\limits_{x \to 0} \dfrac{e^{3x} - 1}{x} &= f'(0) \\ &= 3\end{aligned}

V. La tangente


Équation de la tangente Si f est dérivable en a, sa courbe admet au point A\,(a\,;\,f(a)) une tangente d'équation : {y = f(a) + f'(a)(x - a)}.
Le nombre dérivé f'(a) est la pente (le coefficient directeur) de cette tangente : c'est la position limite des sécantes quand x se rapproche de a.
x y O 1 1 a f(a) y = f(x) tangente A
La tangente en A(a ; f(a)) est la droite qui colle le mieux à la courbe autour de A : sa pente est f '(a).
Exemple rédigé : tangente à y = x² − 3x en a = 2 \begin{aligned}f(2) &= 4 - 6 \\ &= -2\end{aligned} et f'(x) = 2x - 3 donc f'(2) = 1.
Équation : \begin{aligned}y &= f(2) + f'(2)(x - 2) \\ &= -2 + 1 \times (x - 2)\end{aligned} soit y = x - 4.
👆 À toi : donne l'équation de la tangente à y = x³ au point d'abscisse 1. Vérifie
f(1) = 1, f'(x) = 3x^2, f'(1) = 3 :
y = 1 + 3(x - 1), soit y = 3x - 2.
🎮 Entraîne-toi : l'équation de la tangente
Calcule la pente f '(a) puis l'ordonnée à l'origine : réponds en équation réduite.
y = x +

VI. Du signe de f ' aux variations


Théorème (sens de variation) Soit f continue sur [a\,;\,b] et dérivable sur ]a\,;\,b[ :
  • f est croissante sur [a\,;\,b] si et seulement si f' \geq 0 sur ]a\,;\,b[ ;
  • f est décroissante sur [a\,;\,b] si et seulement si f' \leq 0 sur ]a\,;\,b[ ;
  • si f' > 0 (resp. f' < 0) sur ]a\,;\,b[, alors f est strictement croissante (resp. décroissante).
La méthode reine : étudier une fonction
  • Dériver f ;
  • étudier le signe de f ' (factoriser si besoin) ;
  • dresser le tableau de variations (compléter par les limites aux bornes) ;
  • lire les extremums : en un point où f ' s'annule en changeant de signe, f admet un maximum ou un minimum local.
L'angle éco : le coût marginal Si C(q) est le coût total de production de q unités, le coût marginal est C_m(q) = C'(q) : c'est le coût approximatif de l'unité suivante, car C(q + 1) - C(q) \approx C'(q).
Exemple : C(q) = 2q^2 + 30q + 800 donne C_m(q) = 4q + 30 ; ainsi C_m(10) = 70 : produire la onzième unité coûte environ 70 €.
De même, la recette marginale est R_m(q) = R'(q) ; le profit {\pi(q) = R(q) - C(q)} est maximal quand \pi'(q) = 0, c'est-à-dire quand recette marginale = coût marginal.
Le double tableau : un seul objet, deux étages « Dresser le tableau de variations » ne veut pas dire écrire une phrase : cela veut dire poser le signe de f ' en haut et, juste en dessous, colonnes alignées, les flèches de f. L'étage du haut commande celui du bas : + ↗, ↘, et un 0 avec changement de signe fait tourner la flèche.
Le profit : \pi'(q) = -4q + 120 s'annule en {q = 30}. C'est exactement le point où recette marginale = coût marginal (150 = 4q + 30). En q = 0 on perd les 800 € de coût fixe ; le profit maximal vaut \pi(30) = 1000 €.
Valeur interdite : la double barre Quand f n'est pas définie en un point (un quotient, un \ln, un coût moyen en q = 0...), ce point figure quand même dans la ligne des x, marqué d'une double barre qui traverse les deux étages. On y écrit la limite de chaque côté : la courbe part d'un côté et revient de l'autre, elle ne traverse pas.
⚠️ Le théorème exige un INTERVALLE h(x) = \dfrac{1}{x} vérifie h'(x) = -\dfrac{1}{x^2} < 0 pour tout x \neq 0 : h est strictement décroissante sur ]-\infty\,;\,0[ et sur ]0\,;\,+\infty[, mais pas sur \mathbb{R}^* (qui n'est pas un intervalle) : \begin{aligned}h(-1) &= -1 < 1 \\ &= h(1)\end{aligned}
La double barre dit tout : h descend, tombe vers -\infty, puis repart de +\infty et redescend. Deux flèches, pas une : on ne peut pas écrire « h décroissante sur \mathbb{R}^* », il faut dire sur chacun des deux intervalles.
👆 À toi : étudie les variations de g(x) = ln(x) − x/2 sur ]0 ; +∞[. Vérifie
\begin{aligned}g'(x) &= \dfrac{1}{x} - \dfrac{1}{2} \\ &= \dfrac{2 - x}{2x}\end{aligned}
Sur ]0\,;\,+\infty[, le dénominateur 2x est positif : g ' est du signe de 2 - x.
g est strictement croissante sur ]0\,;\,2], strictement décroissante sur [2\,;\,+\infty[, avec un maximum g(2) = \ln(2) - 1.
La double barre en 0 rappelle que 0 est exclu du domaine : on y écrit une limite, pas une valeur. Le dénominateur 2x reste positif sur tout le domaine : il ne pèse pas sur le signe, c'est 2-x qui décide.
🎮 Entraîne-toi : du signe de f ' au sens de variation
Regarde le signe de f '(x) sur l'intervalle donné, puis conclus.

🎛️ Le signe de f ' commande : fais-le basculer

Déplace a. Les racines de f ' restent en -1 et 1, donc les colonnes ne bougent pas : seuls les signes changent. Quand a traverse 0, la courbe se retourne et les flèches basculent au même instant : c'est bien le signe de la dérivée qui commande le sens de variation, et rien d'autre. Lecture éco : passer d'un coût à un profit, c'est exactement ce retournement.

VII. Dérivées successives


Dérivée seconde, dérivée n-ième Si f ' est elle-même dérivable, sa dérivée est la dérivée seconde {f'' = (f')'}. En itérant, on note f^{(n)} la dérivée n-ième (avec f^{(1)} = f' et f^{(2)} = f'').
Exemple : p(x) = 2x^3 - 5x^2 + x donne p'(x) = 6x^2 - 10x + 1, p''(x) = 12x - 10 et p'''(x) = 12.
Quand le signe de f ' résiste : dériver encore Si le signe de f ' n'est pas lisible directement (pas de factorisation évidente), on étudie les variations de f ' grâce à f'' : connaître le sens de variation de f ' et ses annulations suffit souvent à dresser son tableau de signes, donc les variations de f. Réflexe classique des études de fonctions en TD.